Interview Regards Croisés : « La densité des bureaux doit être repensée »

Fondateur et dirigeant de notre agence, Yoann Sportouch est également le rédacteur en chef du magazine Lumières de la ville. Interviewé pour Regards Croisés, il s’est penché sur les conséquences de l’épidémie du Covid-19 sur les bureaux, les quartiers tertiaires et leurs nouveaux usages.


Le Covid-19 a mis une partie des employés au télétravail à marche forcée : comment cela peut-il impacter notre façon de penser les bureaux ? Yoann Sportouch : Au cours de cette période, nous avons pris l’habitude de travailler chez nous. On s’est accordé plus de souplesse, de liberté dans notre rapport au lieu de travail, entre le canapé, le bureau, la chambre. Bien sûr, cela a pu être compliqué à gérer, parfois dans notre rapport à notre vie personnelle. Mais je pense que demain dans nos bureaux, nous souhaiterons retrouver cette souplesse. Dans notre rapport aux espaces de travail, nous allons devoir sortir des modèles classiques. Il nous faut sortir du modèle de l’open-space pour re-questionner un aménagement de bureaux par équipe, par types de projets, plutôt que par vastes plateaux. La densité des tours de bureaux doit être repensée pour ne pas avoir l’impression de revivre un confinement une fois de retour au travail.


Quel sera alors la vraie valeur ajoutée d’un bureau ? Yoann Sportouch : Ce qui me manque dans le télétravail, ce sont les moments de brainstorming en équipe. Pour cela, même avec Zoom ou Teams, c’est difficile lorsque l’on est loin les uns des autres. Il faut donc organiser les bureaux en fonction des temps et des modes de travail. Ce qui est sûr, c’est que l’idée d’un bureau seul sera moins pertinente.


À une échelle plus large, est-ce que cela peut impacter la façon dont nous pensons la ville ? Yoann Sportouch : Nous n’allons de toute façon pas pouvoir éviter la concentration urbaine. Et si on ne peut pas empêcher d’autres épidémies, en revanche on doit pouvoir mieux s’y préparer. La réponse simpliste à cette pandémie est de mettre cela sur le dos de la densité urbaine, mais elle est plus une solution qu’un problème. Nous mettons en garde depuis des années contre l’étalement urbain, qui vient menacer la biodiversité, mais cela ne s’est pas traduit par des actes.


Il ne faut donc pas revenir sur cette recommandation ? Yoann Sportouch : Non ! En revanche, il faut réinvestir des lieux déjà bâtis, hors des centres urbains très denses, notamment dans les villes moyennes. Pour cela, je milite pour un retour des services publics, par le biais d’une vision globale, non centralisée, avec des bassins d’emploi à l’échelle de toute une métropole. On parle beaucoup de planification, un mot qui revient à la mode, et si l’on a beaucoup planifié dans l’histoire de l’urbanisme, cela n’a pas toujours été couronné de succès. Aujourd’hui, il faut modifier la manière dont on planifie. Il ne faut plus seulement penser à la vision globale, mais penser avec et faire ensemble, en intégrant les usagers aux processus de réflexion. Demain, les immeubles de bureaux devront être pensés avec leurs usagers, et plus seulement avec des architectes et urbanistes.


Les usages des immeubles de bureaux sont amenés à totalement évoluer, notamment en s’inscrivant plus fortement dans la vie de leur quartier ? Yoann Sportouch : Bien sûr. Pour illustrer mon propos, je vais prendre l’exemple de « Borderouge Open Work », un projet que LDV Studio Urbain a imaginé avec Nexity à Toulouse, et qui est en train d’être construit actuellement. Nous étions partis de ce constat : dans ce quartier populaire et relativement récent du Nord de la ville, différents lieux avaient été conçus dans un rayon de 10 minutes. Des logements d’un côté, une placette et des commerces au centre, et des sièges sociaux au bord de la rocade de l’autre. C’était assez artificiel, et en fin de compte, tous ces différents maillons ne se croisaient pas réellement. Toute la demande de l’aménageur, OPPIDEA, était donc de faire en sorte que les entreprises soient reliées aux dynamiques urbaines locales. Avant notre projet, ces entreprises ne profitaient pas suffisamment du quartier et ne profitaient pas non plus au quartier.


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